La Mouna, c’était le gâteau que toutes les mamans confectionnaient après Pâques,surtout les familles originaires d’Oran comme mon père. La Mouna était une grosse brioche, parfumée à l’orange et à l’anis.C’était tout un cérémonial auquel toute la famille participait. L’avant-veille, lesenfants étaient chargés d’aller chercher chez le boulanger de grands plateaux métalliques rectangulaires. A la maison maman avait commencé à préparer le levainplacé sous un linge pour qu’il monte. C’était un mélange d’eau, de lait, de levure et de farine qui avait la particularité de doubler de volume sous l’effet de la chaleur. Nous soulevions souvent la toile pour voir la progression du mélange et c’était des Oh! Ah!Maman nous donnait alors à râper l’écorce de belles oranges. Ensuite il fallait en extraire le jus. Comme rien ne se perd, on partageait les oranges pressées pour dévorer ce qui restait de pulpe. C’était délicieux! Il nous arrivait même de manger de petits bouts d’écorce pour retrouver l’amertume de cette partie du fruit. C’était bon, ça sentait bon, ça collait un peu aux mains et aux lèvres, mais nous étions heureux.La fête commençait, Maman, de son coté, préparait une tisane de graines d’anis. Ah! Cette odeur qui envahissait la cuisine. Elle recueillait le jus parfumé après avoir passé le tout à travers une passoire.Et c’était la grande préparation de la pâte qui commençait. De la farine, des œufs, de l’huile, le jus et le zeste d’orange, la tisane d’anis. Maman relevait ses manches et plongeait ses mains dans le mélange pour travailler la pâte. Nous regardions émerveillés prêts à intervenir quand elle trouvait que la pâte collait trop. Alors nous avions droit de verser un peu de farine dans ses mains qu’elle frottait avant de recommencer à pétrir de toutes ses forces jusqu’à obtenir une bonne consistance. Maman confectionnait de belles boules de pâte et qu’elle déposait sur un disque de papier. Après il fallait badigeonner les boules avec du jaune d’œuf battuavec un peu de lait, puis recouvrir le sommet de morceaux de sucre concassés. Ensuite elle enfonçait sur deux ou trois boules, un bel œuf frais de poule. On s’organisait pour porter les plaques pleines de bons gâteaux prêts à cuire. On prenait le chemin du fournil.Là, ça sentait bon et on applaudissait à chaque fois qu’un plateau ressortait du four au bout de la grande pelle avec de belles mounas toutes dorées et luisantes. Les nôtres cuites, on repartait à la maison en courant.On les rangeait au placard et aussitôt la maison se parfumait à l’anis et à l’orange. Il fallait maintenant laver et rendre les plaques vides au boulanger.