LE DERNIER PHOTOGRAPHE PROFESSIONNEL A RABAT.RABAT.SOURIEZ, VOUS ÊTES PRIS EN PHOTO. Se faire prendre en photo devant l’une des fontaines de l’avenue Mohammed V, c’est justement l’un des clichés phare de Rabat. Ahmed est l’un des nombreux photographes professionnels qui flânent autour de ces lieux, en attente d’un nouveau client. Ces photographes sont souvent reconnaissables de par leur casquette jaune ou verte, aux effigies de multinationales de la photographie. Ses appareils polaroïd et numérique au cou, Ahmed Amzaoui a le regard qui se perd. Devant lui, une meute de pigeons affamés est à la recherche de la moindre miette perdue par la foule de passants de l’avenue Mohammed V, l’artère principale de la capitale, joignant la médina historique au centre moderne. Qu’il est loin le temps où il était demandé à chaque mariage, fête ou réunion ! « Il n’existait alors que peu d’appareils. On gagnait bien notre vie, se remémore Ahmed. À l’époque, il n’y avait qu’un laboratoire photo au Maroc, à Tétouan. Les gens devaient attendre une semaine, dix jours, pour le développement. Puis les laboratoires se sont multipliés et le temps d’attente a rétréci. » La modernisation est passée par là : « Les personnes veulent désormais de l’instantané. Avec l’ère du numérique, tout le monde a un appareil numérique, un portable ou même rien qu’un jetable. » Ahmed avoue avoir désormais moins de travail : les personnes désirant se faire prendre en photo sont plus rares qu’à la « bonne époque ». D’autres photographes de l’avenue, des sexagénaires pour la plupart, sont dans une situation similaire. Faute de moyens, ils restent néanmoins postés là, tentant de grappiller quelques dirhams pour vivre. Cette baisse d’activité, Ahmed fait avec : « Je photographie des gens de passage pour un souvenir, mais aussi, et beaucoup, de personnes de Rabat avec leur mère, petite amie, membres de la famille… Je touche à beaucoup de catégories. » Le capteur d’images, qui n’hésite pas non plus à flâner autour du mausolée Hassan II à la recherche d’un nouveau client, facture ses photographies 10 dirhams. Une bonne façon d’immortaliser son passage à Rabat. Deux appareils d'une autre époque pour ma part. On me dit qu'il s'appelle: Al Hamzaoui.