21 December 2021 à 20:11
Très bel article sur les mendiants du mellah de Rabat autrefois qui m'a été envoyé par un internaute. Dans ce « carré du mellah de Rabat» de la nouvelle « bourgeoisie » judéomarocaine se retrouvaient toutes sortes de mendiants :des jeunes, des vieux, des hommes, des femmes,des aveugles, des borgnes, des édentés, des faux et des vraisrabbins, des estropiés, des manchots, des culs-de-jatte et desunijambistes accompagnés d’enfants handicapés ou non .La cour des miracles en d’autres termes.La misère était telle qu’elle n’épargnait personne !Elle fauchait large et d’anciens riches se retrouvaient forcésà une mendicité infamante et dégradante mais fallait bien vivreou devrais-je dire plutôt, survivre!Certains avaient de la noblesse, la plupart une humilité et uneabnégation hors du commun. D’autres en avaient faitcarrément une profession !Ils étaient pauvres comme d’autres ferblantiers ou boulangers !Ils n’en étaient ni fiers ni honteux c’était leur métier voilà tout !Quelquefois ils se transmettaient leur savoir faire de père en fils.Une institution en quelque sorte avec leur hiérarchie, leursrègles et leurs strictes prérogatives !Chacun avait son « pauvre » attitré comme on avait sa bonne,son épicier et son boucher !Les autres pouvaient passer parfois et on leur donnait quelquechose par un excès de générosité, lui seul comptait vraiment.C’était notre « pauvre » à nous !Tous avaient la bénédiction facile et distribuaient en veux-tuen voilà des prières ou passait au grand complet toutela famille jusqu'à la septième génération en hébreu dansle texte pour une misérable piécette tendue mollementqu’ils acceptaient en un geste vif en montant d’un cranle ton et la ferveur de leurs prières !Les autres se contentaient d’un Dieu y pourvoira !!!La ijib !!! Lancé nonchalamment par les gens par trop sollicités.Dans ma rue où on ne comptait plus les mézouzoth tellementil y en avait.Le défilé des « pauvres » était permanent.Sans compter les musiciens arabes, les jongleurs,les trapézistes, les Gnawas, les bambaras, les montreurs de singes...Ajoutez à cela les appels pour l’école de l’Alliance,les petites boites bleues blanc bleues de Keren Ayemet,les Scouts, le Centre Communautaire, le Cercle de l’Alliance,le Cercle de l’Union, l’Osé, l’âge d’or, La Goutte de Lait,Les enfants abandonnés, Les orphelins.De quoi affoler nos parents qui avaient un mal fou à joindre lesdeux bouts !Fallait quand même faire illusion !Les moins pauvres devaient aider les plus pauvres !Bref un cercle infernal que je n’ose appeler vicieux mais quil’était quand même un peu !!! Faut pas minimiser !Car à part quelques rares énergumènes prétendument richestout le monde se débattait comme il le pouvait.On sortait a peine du Mellah et les dix enfants par familleétait la norme.Dans le tas, pensaient-ils avec résignation, y’en a bien unqui réussira !!!Les femmes accouchaient comme des poules.Enceinte, allaitement, de nouveau enceinte.Un cycle de dix huit mois qui n’en finissait pas de finir.Et puis la religion vous comprenez !! C’est la volonté de Dieu !!!Et excusez moi m’sieur dame, je vous demande pardon mais onne contrarie pas la volonté de Dieu !!!! N’est-ce pas?Pour certains habitants du mellah, c'était leur quartier, leurs clients,les juifs à eux, pas question de les partager avec quiconque !!!Un des mendiants aveugle venait chanter sous les fenêtres.Sa voix, d’une pureté exceptionnelle, s’envolait de courettesjusqu’aux terrasses avoisinantes, jusqu’au ciel,jusqu’aux étoiles, jusqu'à Dieu lui-même.Tout se taisait ! Un grand silence religieux que respectaientmême les moineaux et les hirondelles !Son chant déchirant disait quand même l’espoir d’une viemeilleure. Son luth l’accompagnait et on pense qu’à ce momenttout le monde voulait le croire, non !Tout le monde le croyait !Les piécettes pleuvaient dans la courette des habitants avecun joli timbre musical. Lui savait d’instinct commentles retrouver, pas une ne lui échappait !Pour nous remercier il chantait une autre chanson gaieet enlevée cette fois !Et pour un instant, un court instant seulement, la paix régnaitsur le Monde !!!C'est un vieillard avec sa canne, sa djellaba et son chapeau adossé au mur qui garde toute sa dignité, mais dont posture semble indiquer le désespoir et le dénuement, dénuement évoqué aussi par le lieu désert ou il s’est installé.Il y a le contraste avec l'ombre quelque peu floue d'un passant qui semble être passé devant s'en se soucier.
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