**Partie de chasse:****« Tous les ans, le Roi Hassan II quittait sa résidence du Palais Royal au mois de septembre-octobre et se rendait à Aïn Aouda près de Rabat, où avait lieu, d’habitude, un bon passage de cailles.****Il avait emmené son fils aîné Mohamed à la chasse.****Rien de plus facile que le tir à la caille, lui affirma cependant son père le souverain, c’est un oiseau qui vole droit devant lui, sans détours.****Tu pourras le viser aussi longtemps que tu voudras. En plus, nous en lèverons plus que nous n’en aurons envie.****Et ainsi, en effet, arriva t’il.Soit dans un champ de pommes de terre, soit dans les luzernes ou dans les buissons, le brave fils se mettait à s’immobiliser et arrêtait, puis la caille partait.****Et pan…pan…, une fois…Pan…pan…, une seconde fois.****Pan…pan, une troisième, et ainsi de suite!****Un berger qui se trouvait dans ces parages, entendant tous ces coups de fusil, rappliqua à son tour avec l’idée de juger des coups.****Pan…pan…,continuèrent le père et le fils.****Pan…pan…pan…****Pan…pan…pan…pan…****Et alors ce petit berger insolent qui, au début, avait gardé son sérieux, partit, tout à coup, d’un rire irrésistible.****Pan…pan…*Manqui!* s’écriait il.****Pan…pan…pan…Encore *Manqui*!****Pan..pan…pan…pan!Toujours *manqui*!****Si bien que le père et le fils avaient passablement honte, il faut le dire, et qu’en outre ils arrivaient au bout de leurs cartouches, bien qu’ils en eussent emporté plus de soixante!****Mais la conclusion eut lieu d’une façon imprévue.Le fiston avait il honte, lui aussi?****(le chien) Tenait il à ménager l’honneur de la famille?****Se souvenait il simplement de son ancien maître, et était ilécœuré de la maladresse de ses nouveaux seigneurs?****Tout à coup, dans un champ de trèfle où il avait commencé à « reconnaître », il se livra à un acte qu’on ne lui avait jamais vu accomplir et qui, je crois pouvoir l’affirmer, ne se reproduisit jamais: il rompit donc ouvertement l’arrêt, sauta sur la bête qui se tenait devant lui, presque sous son nez, et l’ayant prise délicatement dans sa gueule, la rapporta malicieusement à ses maîtres.****Ceux-ci n’eurent qu’à mêler leurs rires à ceux du berger et à rentrer chez eux.**Une caille voyant ses petits en danger.Deux setters sont tombés à l’arrêt. L’arrêt s’est prolongé quelques instants, puis soudain une caille s’est levée, tentant vainement de prendre son envol au nez des chiens.Une des chiennes se met aussitôt en devoir d’attraper l’oiseau visiblement blessé. De petits bonds en petits bonds, voici la caille qui s’éloigne, ratée chaque fois d’un cheveu par la chienne.Le chasseur pose alors son fusil au sol, et il tente à son tour de se saisir de l’oiseau qui s’est blotti sous une touffe d’herbe.A sa grande surprise, la caille, revigorée, fait alors une superbe envolée de plus de trois cent mètres! Il a bien tenté de ramasser son fusil en catastrophe, mais ses trois coups sont restés vains (heureusement d’ailleurs)…Il a alors réalisé, qu’à l’instar de la perdrix de La Fontaine il s’agissait d’une ruse, très probablement pour protéger une couvée de cailleteaux située à proximité.Cela correspond exactement aux vers de Jean de la Fontaine:**« Quand la perdrixVoit ses petitsEn danger et n’ayant qu’une plume nouvelleQui ne peut fuir encor par les airs le trépas,Elle fait la blessée, et va traînant de l’aile,Attirant le chasseur et le chien sur ses pas,Détourne le danger, sauve ainsi sa famille,Et puis, quand le chasseur croit que son chien la pille,Elle dit adieu, prend sa volée, et ritDe l’homme qui, confus, des yeux en vain la suit. »(Discours à Mme de la Sabliere, « les fables de la Fontaine », Livre X, fable 1).****Le Roi Mohamed VI a repris la chasse avec son fils.**