# **Srina – Dafina**La Srina (de Sroun qui se traduit par chaud) — appelée aussi Dafina dans le nord du Maroc — est le plat traditionnel du shabbat midi. Elle est composée de pois chiches, de pommes de terre, de blé, de riz, d’œufs, de différentes viandes grasses (dont du pied de bœuf) et d’une farce sucrée à la viande. Elle cuit du vendredi après-midi au repas de shabbat midi. Au Maroc, elle était cuite au four du boulanger où elle était portée le vendredi après-midi. Toutes les femmes insistaient pour que leur Srina soit placée au fond du four, le plus près du mur. Cela garantissait une cuisson parfaite du plat qui était confit le samedi midi. Quand la Dafina était "ratée" on incriminait le plus souvent le commis du four (Moul el Ferrane)# **La Srina échangée **Adapté du livre de mon oncle [יוסי לוי](https://www.facebook.com/groups/41187408934/user/100002705885899/), Mogador et moiC’était souvent Joseph qui était de corvée pour ramener la Srina à la maison samedi midi. Avec tous les autres garçons, il attendait patiemment à l’entrée de la boulangerie que le commis sorte toutes les marmittes du four. Avant la cuisson, la propriétaire de chaque Srina y avait mis un signe distinctif et avait enduit le couvercle de farine et d’eau qui la scellerait jusqu’à son ouverture. Le boulanger identifiait la marmite de chaque famille et la remettait à l’enfant correspondant.Un samedi, Joseph ne vit pas la marmite qu’il avait apportée la veille.— Où est notre srina ? demanda-t-il inquiet.— Je les ai toutes sorties, répondit le boulanger après avoir regardé dans le four. Celles qui restent sont là, dit-il en pointant les quelques récipients posés sur le sol.— Tu ne reconnais pas la tienne ?Comprenant que quelqu’un avait probablement pris « sa » marmite par erreur, Joseph pointa du doigt le plus gros faitout, espérant que le contenu suffirait à nourrir toute la famille.— Ah si, la voici, dit-il en s’en emparant.Il l’emporta avec précipitation, de peur de se faire surprendre par son propriétaire qui risquait d’entrer à tout moment. En arrivant à la maison, il déposa la marmite sur la table sans dire mot. Évidemment, Issa remarqua immédiatement qu’il ne s’agissait pas de SA Srina.— Qu’est-ce que c’est que cette marmite ? demanda-t-elle à Joseph avec un air de reproche.— C’est la seule que j’ai trouvée, il n’y en avait pas d’autres.Cette justification ne la satisfit pas. Elle répliqua énervée.— Tu vas tout de suite retourner à la boulangerie et me ramener ma marmitte !— Maman, j’ai cherché partout. Le boulanger a retiré du four toutes les Srina et la nôtre n’y était pas.— Comment a-t-elle pu disparaitre ? Quelqu’un l’a emportée et le boulanger ne l’aurait pas remarqué ? Tu aurais dû insister. Pourquoi as-tu pris celle-là ? Tu vois bien que ce n’est pas la nôtre ?— Je ne voulais pas revenir sans Srina à la maison. Il faut bien qu’on mange !— Je ne sais même pas ce qu’il y a dans cette marmite.— Maman, dans cette marmite, il y a une Srina, identique à toutes les autres Srinas de la ville. Tous les marocains font la même ! ajouta-t-il pour minimiser l’erreur, sentant qu’elle commençait à envisager de servir ce plat à sa famille.— Ah ! Tu veux dire que cette Srina a le même goût que la mienne ? Soulève le couvercle et tu verras si je me trompe, ajouta-t-elle vexée.Elle ouvrit enfin la marmitte avec une moue du genre « la mienne est-meilleure », se radoucit puis dit l’air contrit.— Je pense à la famille malchanceuse qui va être privée de repas aujourd’hui.— Mais non Maman, ne t’inquiète pas. Toutes les familles qui ont déposé une Srina au four mangeront à midi. Mais ce ne sera peut-être pas celle qu’ils avaient cuisinée.Une fois les invités partis, la tribu affamée par le long apéritif put enfin s’attabler pour déjeuner. Nessim, l’humeur joyeuse par la visite de ses amis et la mahia, fit le kiddoush, sanctification du vin, puis le motse, sanctification du pain, et le repas put commencer. Issa servit d’abord les salades et le poisson. Elle apporta ensuite les différents plats de service avec dans chacun une partie de la srina : les pommes de terre et les œufs, les pois chiches, le bouillon, la farce de viande et d’amandes, la viande et le pied de bœuf, le blé, le riz. Personne ne remarqua que cette Dafina n’était pas celle d’Issa !## Bienvenue à tous ceux qui nous ont rejoints cette semaine. Shabbat shalom à tous !Irit Lancry,Clara Amz,Brigitte Vitalis,Helene Marciano,Mimy Sabbah Bitton,Momy Benchimol,Fjtapped Out,Deborah Hanouna,Norbert Benhamou,Michael Bensimon,Yaacov Soussan,Véro Abitbol Kelfa,Isaac Benhamou,Eric Rico,Madeleine Malih,Albert Abergel,Valérie Maimaran,אנט כהן,Saul Bendayan,Michele Wilson,Sydney Corcos,Albert Sousan,Isaac CohenCrédit photo: **La cuisine juive marocaine **de Nina et Viviane Moryoussef, Edition Jacques Granger.