21 December 2023 à 14:48
## *Remise des prix de fin d'année.*Petit récit, c'était la remise des prix.Les classes de CM2 étaient invitées par fournées au centre culturel et là, l'adjointe chargée des écoles remettait aux enfants un livre qu'ils avaient préalablement choisi dans une liste. Une [bonne](http://rol-benzaken.centerblog.net/bonne.htm) partie du personnel dudit centre était également mobilisée pour piloter tout ce monde et animer.Rien à voir avec les cérémonies d'antan, où les enfants habillés en dimanche assistaient à une cérémonie en grande pompe, accompagnés de leur famille. Le triomphe des plus méritants éclatait devant les notables réunis et les journaux rendaient compte de l'événement.Ça, c'était au temps de l'école à l'ancienne, celle des tableaux d'honneur, de l'examen d'entrée en sixième, des classements et du triomphe de l'orthographe.C'était aussi l'époque bénie où l'école française faisait des étincelles.Cette remise des prix-là n'avait qu'un lointain rapport avec celle d'autrefois. Les parents n'étaient pas invités, tout le monde recevait un prix, cancre ou bon élève. C'était une affaire plus égalitariste. Admettons. Les temps ont changé. Les gosses étaient tout de même émus et contents.De plus, on leur a donné un bouquin à lire, c'est toujours ça de pris sur l'empire des jeux vidéos.Voilà longtemps que je n'avais pas eu l'honneur de les accompagner et je dois dire que ce qui nous a été servi, en fait de cérémonie de remise des prix, m'a laissée sans voix.Même la garderie la plus cracra d'un club de vacances au rabais n'aurait pas osé.Ce qui s'est passé hier matin témoigne, à mon sens, de la médiocrité abyssale dans laquelle est tombée l'école. Sinon, personne n'oserait envisager qualifier de "remise des prix" une bouffonnerie aussi consternante que celle où nous sommes allés nous fourvoyer hier.De retour chez moi, j'étais complètement sur les nerfs. Car mes élèves, rendus fous furieux par leur cérémonie de remise des prix, n'avaient pas réussi à se calmer de toute la journée.J'ai donc décidé d'écrire ma façon de penser à l'adjointe responsable des réjouissances et de faire savoir au monde ce qu'est, aujourd'hui, une remise des prix."Madame,La séance de remise des prix à laquelle j’ai assisté ce matin me semble mériter un compte-rendu. En effet, si le principe d’un tel événement est bienvenu, la façon dont il s’est déroulé m’est apparue totalement inappropriée.Voici pourquoi.La remise des prix en elle-même s’est déroulée de la meilleure façon possible : les enfants ont été reçus dans une ambiance intimiste, avec un discours bienveillant et sobre. Ils étaient à la fois contents et impressionnés ; pour certains, soudain conscients de franchir une étape importante de leur vie.Malheureusement, tout le bénéfice de ce moment, sommes toutes assez court, a été gâché par ce qui a suivi.Je ne vois pas quel était le bénéfice de les faire à nouveau attendre pour leur passer un court-métrage décalé par rapport à leur âge et, à mon avis, sans le moindre intérêt cinématographique. Admettons que cet avis soit subjectif et que mon manque d’expérience en la matière m’ait trahie.Le pire était cependant à venir.Nous avions du travail et j’espérais être libérée de ce qui commençait à ressembler à un piège. C’est alors qu’une personne dont la fonction tenait du clown, du chauffeur de salle et de l’animateur de centre de loisir est venue occuper la salle, proposant aux enfants des jeux étranges. Elle a commencé par les exciter en jouant à les fixer en riboulant, à leur crier dans le dos pour leur faire peur et, quand la salle toute entière a été bien agitée, elle leur a hurlé dans le brouhaha les règles d’un jeu totalement hors de propos: se passer une peluche en musique. A l’arrêt de la musique, celui qui tenait la peluche à la main devait venir faire face à l’assemblée au comble de l’énervement. Les heureux élus, plus gênés qu’autre chose, avaient ensuite pour mission de venir à leur tour se planter devant leurs camarades pour tenter de les faire rire.Comme cela ne suffisait pas, un deuxième jeu a été proposé : un groupe d’enfants est venu se placer sur la scène, obéissant aux consignes de l’animatrice-clown. Devant leurs camarades, ils sautillaient rapidement de part et d’autre d’une corde, risquant une élimination en cas de mauvaise réaction.Ce genre d’activité, très sympathique en plein air, l’est moins pour une foule d’enfants confinés, assis sur des sièges, associés à une remise des prix qu’on imagine un peu solennelle. Leur état de surexcitation était tel, qu’une autre personne est intervenue pour demander le silence … impossible à rétablir.J’ai essayé de lui expliquer ce que je pensais de cette animation et cette dame m’a répondu qu’il « fallait bien les occuper ». Les occuper à quoi ? Puisque après ce spectacle déprimant, à 10h30 (nous étions convoqués pour 8h30), on nous a invités à rentrer dans notre école.D’ailleurs, quand bien même une attente aurait été nécessaire, les livres qu’on venait de leur offrir suffisait largement à les occuper puisque les enfants n’avaient qu’une envie : les lire.Ma collègue et moi-même, parties avec une classe d’élèves raisonnablement sereins, sommes revenues après plus d’une heure de temps perdu, escortées de petits fauves impossibles à calmer. Envolée la curiosité pour le beau cadeau ! Disparue cette belle sensation un peu douce-amère de changer de monde et de grandir ! Ils étaient comme fous et la fête a été définitivement gâchée.De plus, nous avons perdu une journée de précieux travail, car cette fébrilité pénible les a poursuivis toute la journée.Ne m’en veuillez pas d’être un peu directe. J’ai conscience des efforts consentis par la mairie pour accompagner les élèves dans ce passage. Cependant, je pense très sincèrement qu’organiser les choses de cette façon gâche tout.Il faudrait réfléchir à d’autres pistes.Pourquoi ne pas expliquer, après la remise des livres, comment se passe la rentrée au collège ? Pourquoi ne pas faire visionner un film qui montre comment se passe la journée d’un collégien ? Ou encore filmer les locaux et l’équipe du collège du secteur, que les enfants ne découvriront qu’à la rentrée ?Ainsi, cette remise des prix prendrait du sens et contribuerait à les rassurer.Je vous remercie de l’attention que vous aurez accordée à mon courrier et je vous prie d’agréer, Madame, l’expression de mes sentiments très respectueux."
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