# **Hélène Nelly Cazes Benatar**## 27 octobre 1898 - 8 juillet 1979Rachel Hélène Nelly Cazes Benatar est la première femme avocate marocaine. Elle a œuvré tout au long de sa vie au secours des réfugiés, juifs et non juifs, au Maroc ou ailleurs.## **Famille et enfance**Nelly, c’est ainsi qu’on l’appelait, est née à Tanger le 27 octobre 1898 chez Amram Cazes et Myriam Nahon Cazes. Elle est d’abord scolarisée à l’Alliance Israélite Universelle, puis dans une école italienne à Turin où son père, homme d’affaire, est envoyé en mission. Lorsque la guerre éclate en 1914, sa famille s’installe à Séville. De retour au Maroc, elle se porte volontaire au consulat de France pour préparer les colis envoyés au front. En 1917, la famille Cazes s’installe à Casablanca, au Maroc, et Nelly passe le baccalauréat au lycée de jeunes filles Mers Sultan.En 1920, elle épouse Moyses Benatar, également originaire de Tanger. Ils ont deux enfants Myriam et Marc. En 1930, à l’âge de trente-deux ans, elle décide de poursuivre des études de droit par correspondance à l’Université de Bordeaux et passe le barreau français en 1933, devenant ainsi la première avocate née au Maroc.## **Sionisme et engagement communautaire**Dans les années 1930, le couple Benatar est très impliqué dans les affaires juives locales. Elle rejoint la branche locale de WIZO, l’Organisation sioniste internationale des femmes, en devient la présidente, ainsi que le conseil d’administration du Congrès sioniste marocain. En 1938, elle rédige avec son mari un plan de réforme visant à introduire des procédures démocratiques dans les élections communautaires juives. Un plan qui ne verra jamais le jour en raison de la guerre. Son mari, Moyses, décède brutalement, la laissant dans un désarroi et un deuil profond.## **Réfugiés, résistance et travail humanitaire**Son cabinet d’avocat fermé par les autorités en 1939, elle s’inscrit à un cours de formation d’infirmières de la Croix-Rouge avec comme but de se rendre en Europe avec une unité d’ambulances, mais la capitulation de la France en juin 1940 change ses plans. Elle s’engage alors au secours des réfugiés juifs européens fuyant l’Europe qui déferlent sur le Maroc et fonde le Comité d’assistance aux réfugiés. Avec son comité, l’aide de nombreux organismes juifs américains, dont l’American Joint Distribution Committee (JDC) et le soutien des dons de la communauté juive, elle fournit abri, nourriture, aide médicale et aide au voyage des réfugiés, probablement avec le soutien de certains français haut placés.Dans les années 1941 et 1942, elle facilite le mouvement de milliers de réfugiés le long de la « route de Casablanca ». Il s’agit d’un passage maritime de Marseille avec une escale à Casablanca, se poursuivant à travers l’Atlantique jusqu’à la Martinique, qui se sépare ensuite en une branche nord se dirigeant vers les États-Unis et une branche sud se dirigeant vers l’Amérique latine.En juillet 1940, elle rejoint le groupe clandestin anti-Vichy, Mengin, qui distribue des tracts pro-alliés et transmet des renseignements sur le trafic maritime dans le détroit de Gibraltar. En juillet 1942, le groupe Mengin est trahi et certains de ses membres sont arrêtés et torturés. Elle est alors radiée du barreau et forcée de fermer définitivement son cabinet d’avocat.## **Libération et travail pour l’UNRRA**À la libération, elle œuvre à la libération de milliers d’anciens soldats juifs et républicains espagnols détenus dans des camps de travaux forcés sahariens. Après le débarquement allié, elle fait pression sur l’armée américaine pour la libération de près de 1000 anciens soldats détenus contre leur gré. Une fois libérés, elle leur fournit un logement, des emplois et, pour ceux qui étaient apatrides, de nouveaux papiers d’identité. À la fin de la guerre, elle supervise leur rapatriement en France, en Palestine et dans d’autres pays occidentaux.En 1944, elle rejoint le personnel de l’UNRRA, l’Administration des Nations Unies pour les secours et la reconstruction, nouvellement créée. Elle est affectée en tant qu’assistante sociale au camp de réfugiés de Fedala. Son travail consiste à interviewer des centaines de réfugiés apatrides créant pour chacun d’entre eux un dossier afin de recouvrer ses droits légaux sous la protection des Nations Unies. Son service au sein de l’UNRRA prend fin le jour de la Victoire en Europe, le 8 mai 1945.## **Après la guerre**Elle travaille comme avocat et expert des affaires juives d’Afrique du Nord et rejoint le service de transmigration du JDC à Paris, chargé de la réinstallation du « dernier million » de réfugiés juifs dans des camps de personnes déplacées en Allemagne. En 1948, désignée première représentante nord-africaine du JDC, elle supervise des projets de soutien aux Juifs d’Afrique du Nord. En 1951, elle quitte le JDC et retourne à son cabinet d’avocat privé à Casablanca. Après le retrait de la France du Maroc en 1956, elle est le témoin de l’exode des Juifs marocains et reste à Casablanca jusqu’en 1962. Mais avec la nationalisation des tribunaux marocains en 1962, elle part pour Paris, passe une seconde fois le barreau et reprend son travail d’avocate. Elle passe ses dernières années à Paris et décède chez elle le 8 juillet 1979. Elle est enterrée au cimetière de Pantin.Avant sa mort, elle a inventorié ses papiers pour les générations futures, déposant 18 000 documents des années 1939-1945 aux Archives centrales de l’histoire du peuple juif (CAHJP) à Jérusalem. Ces papiers, rangés et mis en contexte, forment la substance de son histoire remarquable.D’après https://jwa.org/encyclopedia/article/benatar-helene-cazes