Je n'ai pas été très présente cet été dans le groupe et j'ai failli à mon habitude d'accueillir les nouveaux membres. Pour me racheter, je vous livre cet article sur l'histoire de notre Grande Robe (El Kswa el kbira en arabe, Traje de Berberisca en espagnol) familiale publié dans le numéro spécial de l'Arche de l'automne dernier. # **De l'histoire d'une Grande Robe à celle d'une famille**Mon histoire [celle de la Grande Robe] commence un fameux soir de printemps de 1915 à Marrakech quand la belle Messodie, fille de Aaron Zafrany, se fiance au jeune et fringuant Meyer Afriat. Les youyous assourdissants et le verre de Mahia[i] traditionnel scellent l’accord d’une union convoitée de longue date par les jeunes gens et leur famille.Dès lors, Messodie et sa jeune sœur Hassiba s’attellent fébrilement à la préparation de la noce. La première étape est de constituer le trousseau de la mariée et la fabrication de sa pièce maitresse, MOI, la Grande Robe (El Kswa El Kbira en arabe ou Traje de Berberisca en espagnol), qui habillera la promise le jour de son mariage.Les jeunes filles me choisissent un épais velours d’un rouge grenat éclatant et confient ma confection aux meilleurs brodeurs de la ville. Elles suivent avec attention la coupe de chacun de mes éléments : le corselet (Ghonbaj), le plastron (Ktef), la longue ceinture (Hzam) tissée de soie et de fils d’or, les manches (Kmam) de mousseline de soie blanche et la large jupe (Jeltita) brodée de fils d’or.Le jour des noces arrive. Digne descendante des robes d’apparat créées par les couturiers juifs de la cour d’Espagne du 15e siècle, je suis fin prête pour vêtir Messodie, ma mariée, qui porte fièrement une couronne d’émeraudes, de rubis, de perles et de pièces d’or (Swalef).Après leur mariage, Messodie et Meyer Afriat mènent une vie paisible et heureuse jusqu’à la naissance de leur petite fille, Chérie en 1920. L’accouchement laborieux et des suites de couches difficiles ont raison de la jeune femme qui, comme sa mère avant elle, décède peu après avoir donné la vie.En 1917, Hassiba convole en justes noces avec le doux Judah Zrihen. Bien qu’attachée aux traditions, la jeune fille souhaite un mariage en robe blanche. Elle ne faillit toutefois pas à la coutume et me porte, MOI, la Grande Robe confectionnée pour sa sœur lors de la soirée de henné[ii]. C’est le début d’une longue tradition familiale.En 1922, Judah et sa jeune épouse décident d’entreprendre un long voyage qui les conduira à Jérusalem . Mais que faire de MOI ? Ils me cèdent à Myriam Zrihen Cohen, la sœur de Judah, à qui je sers de vêtement d’apparat, comme le veut la coutume. Ainsi, je reste dans la famille.Hassiba et Judah Zrihen sont de retour à Marrakech en 1924, pour le bonheur de Chérie, la jeune nièce de Hassiba. C’est chez sa tante qu’elle rencontre son futur époux, Raphaël Cohen, qui n’est autre que le fils de Myriam Zrihen Cohen. La famille s’agrandit, les filles ainées de Hassiba et Judah puis Chérie et Raphaël se marient. Et c’est bien sûr MOI, La Grande Robe de Messodie, avec ma couleur chatoyante et mes fils d’or, qui pare toutes ces jeunes femmes lors de leur soirée de Henné.Au décès de Myriam, je suis tout naturellement confiée à Chérie Afriat Cohen, la fille de Messodie. Aujourd’hui, ma dépositaire est sa fille, Madeleine Cohen Sebban.Gage de mémoire, j’ai été portée par des dizaines de mariées. J’ai fièrement contribué à perpétuer la tradition familiale lors de multitude de soirées de henné des descendants de Aaron Zafrany, mais aussi celles de jeunes couples, parents ou amis, à qui l’on m’a prêtée.Raquel Levy-ToledanoPetite-fille de Hassiba Zafrany Zrihen[i] Eau de vie de figue anisée très prisée par les juifs marocains[ii] La soirée du Henné a lieu dans les jours qui précèdent le mariage. Au cours de cette soirée, le henné, symbole de bénédiction et de grâce, est appliqué par la mère ou la grand-mère d’un des deux fiancés sur la paume des mains des futurs époux.# **Bienvenue**Bienvenue à tous ceux qui nous ont rejoints ces deux derniers mois. Ce groupe a pour objectif de pérenniser notre histoire à travers la généalogie et de restaurer les liens perdus entre les familles. Si vous ne l'avez déjà fait, contribuez au projet commun d'un arbre généalogique sur Geni (Geni.com) qui contient déjà près de 400.000 juifs marocains. Si vous êtes à la recherche de membres de votre famille, n'hésitez pas à poser des questions au groupe, à poster des photos ou à nous conter votre histoire familiale.