Michael Sicsu
Généalogie des Juifs Marocains
07 June 2020 à 16:09
Dernierement, de passage 4 jours à Mogador pour le travail, j’ai décidé de mener à bien une résolution que j’avais depuis un long moment: localiser la tombe de mon arrière-arrière grand père Abraham HAMOUTH, né à Istanbul en 1841, venu à Tanger en 1885, époux de 2 sœurs, Oro puis Myriam Benoliel nées à Tarifa (Espagne), soeurs de l'immense intellectuel Portuguais José Benoliel, écrivain, philosophe, poète, élève à l'ENIO mais aussi dans sa jeunesse instituteur envoyé par l'Alliance Israelite Universelle à Mogador justement... Arrivé à Essaouira (Mogador) en 1906, Abraham (voir photo) était grand commerçant (tâjjer), & a été le tout premier Israelite à s’extraire des remparts de la Kasbah pour acheter un grand terrain au bord de mer. Il faut dire que ce juif Serfardi, descendant comme Spinoza ou Montaigne d'exilés d'Espagne, natif de l'Empire Ottoman, avait du subir un choc culturel avec ces Toshavims ou "juifs arabes" de la médina de Mogador, issus d'un exode rural, dont la langue, les rites, les moeurs et les manières étaient à l'exact opposé de ce grand lettré. Il y a construit 12 maisons européennes modernes, pour lui et chacun de ses enfants, dont mon arrière grand-mère Aziza, bien avant l’arrivée des français en 1912. Aujourd’hui encore, en 2018, bien qu’arabisé, ce quartier porte encore son nom: le quartier Abraham Hamouth est devenu le « Derb Brahim Hamou », bien connu de tous les mogadoriens. Armé son seul fusil, il a défendu sa propriété contre les indigenes de Haha & de Chiadma, jusqu’à ce que les troupes françaises arrivées au tout début du protectorat stationnent illégalement dans sa propriété, abîmant son court de tennis & ses jardins. Protégé Portuguais, il obtint dédommagement auprès du résident général français.Il a fallu marcher plus de 2h sous un soleil de plomb pour retrouver sa sépulture, parmi des milliers de tombes, lire chaque tombe en hébreu ou en caractères latin, pour enfin la denicher.Mais quelle singulière sensation de trouver parfaitement conservée au ras du sol, recouverte de Basilic, majestueuse, la tombe en parfait état de celui sans qui ni moi ni mes enfants ne seraient. Sensation d’être observé, quel saisissement de remonter le temps et perturber la quiétude dans lequel il était plongé. Je souhaite à bcp qui gardent leurs racines en tête malgré le tourbillon de la vie, de revenir dans leur ville d’origine et d’entreprendre cette quête, ce pèlerinage, et de s’extraire un court moment du panurgisme, de l’accessoire et de l’insipide. De faire ce voyage vers les autres et finalement vers soi-même. Vous en serez récompensés au centuple croyez moi.
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