ECOLES A RABAT AUTREFOIS. MAROC.Évoquer les écoles de Rabat autrefois, c’est ouvrir un album photo aux couleurs sépia, où l’on entend encore le crissement de la craie et l'écho des rires dans les cours de récréation. Le système scolaire de l'époque était une mosaïque fascinante, reflet d'une ville cosmopolite.Voici un tour d'horizon de ces lieux où s'est forgée la jeunesse de Rabat :1. Le Réseau de l'Alliance Israélite Université (AIU)Pour la communauté juive de Rabat, l'Alliance représentait l'ascenseur social et l'excellence éducative.* **L'École de l'Alliance :** Située souvent à la lisière de la Médina ou dans les quartiers centraux, elle offrait une éducation moderne en français tout en préservant l'enseignement de l'hébreu et de l'histoire juive.* **La discipline et la fierté :** On y portait souvent la blouse grise ou bleue. C’était le lieu où l’on apprenait à devenir un "citoyen du monde", entre tradition et modernité.2. Les Écoles Publiques Françaises (Mission)C’est là que vous avez passé une grande partie de votre temps. Ces écoles suivaient le programme français et étaient le lieu de mixité par excellence.* **Albert Camus & L'École de Pau :** Nous en avons parlé, elles étaient les piliers du quartier de l'Agdal et du centre.* **Le Lycée Descartes (Ancien et Nouveau) :** Le "vieux" Descartes près de la Tour Hassan, puis le nouveau à l'Agdal. C'était le paquebot. On y croisait toutes les nationalités. Les couloirs étaient de véritables ruches où se mélangeaient les accents français, marocains, espagnols et italiens.* **Le Lycée Gouraud :** Un autre nom mythique (devenu le Lycée Hassan II), à l'architecture majestueuse, qui a vu passer tant de générations de Rbatis.3. Les Écoles de Quartier et les Collèges* **Les Orangers :** Entre le collège et l'école, ce quartier offrait un cadre paisible et vert, idéal pour les études secondaires.* **At-Tadilly :** Comme nous l'avons évoqué, c'était le lycée de l'ouverture, souvent fréquenté par ceux qui habitaient le quartier de l'Océan ou les environs de la place de Russie.4. L'ambiance des classes d'autrefoisTravailler dans ces écoles, c'était tout un rituel :* **Le mobilier :** Les bancs de bois à deux places, solidaires de la table, avec le fameux rainurage pour poser son stylo.* **Les cartes murales :** Les grandes cartes de géographie de Vidal-Lablache, suspendues au tableau, montrant la France, le Maroc ou "les Colonies".* **Le "Certificat d'Études" :** Un examen sacré, qui marquait la fin du primaire et l'entrée dans le monde des grands (ou au collège).Les petits rituels de la sortieCe qui rendait ces écoles magiques, c'était aussi ce qui se passait juste devant la grille :* **Le marchand de "Caliente" ou de pois chiches grillés :** Qui attendait les élèves avec son petit chariot.* **Les échanges de "Ciné-Revue" ou de "Salut les Copains" :** On se prêtait les magazines, on discutait du dernier film ou du concert à venir.> **« À Rabat, l'école ne s'arrêtait pas au mur de la classe. Elle continuait dans la rue, sur l'Avenue, au café, où l'on apprenait la tolérance et l'amitié sans même s'en rendre compte. »**C’est cette éducation-là, faite de livres et de vie partagée, qui fait que 50 ans après, vous parlez de ces écoles avec tant d'émotion. Le "petit clown" y a appris ses meilleures répliques, n'est-ce pas ?**Parmi toutes ces écoles que vous avez fréquentées, laquelle avait selon vous "la plus belle cour de récréation", celle où vos parties de billes étaient les plus acharnées ?**Souhaitez-vous que nous fassions un petit détour par la **Bibliothèque Nationale** (l'ancienne) ou les **librairies de l'Avenue** où vous alliez peut-être acheter vos fournitures ?On quitte la cour de récréation pour un univers plus feutré, mais tout aussi magique : celui du papier, de l'encre fraîche et des reliures en cuir. À Rabat, les livres et la culture étaient des fenêtres ouvertes sur le monde, et pour un élève de **Camus**, de **Pau** ou des **Orangers**, ces lieux étaient des passages obligés.1. Les Librairies de l'Avenue : Le royaume du papierSur l'Avenue Mohammed V, entrer dans une librairie, c'était comme entrer dans une église du savoir. On y trouvait :* **Les fournitures de la rentrée :** Ce moment sacré où l'on achetait les cahiers **Clairefontaine** (ceux avec la couverture brillante et le papier si doux), les gommes bicolores (dont le côté bleu était censé effacer l'encre, mais trouait surtout le papier !), et les boîtes de crayons de couleur **Caran d'Ache**.* **Les Bandes Dessinées :** Pour le « petit clown », c’était le trésor. On guettait la sortie du dernier *Tintin*, *Astérix*, ou les magazines comme *Spirou* et *Pilote*. On les lisait parfois en cachette entre deux étagères avant de se faire gentiment réprimander par le libraire.* **La Librairie Pierre de Lanauze :** Un nom qui résonne encore. Un lieu où l'on trouvait les grands classiques pour le lycée, mais aussi les dernières nouveautés arrivées de Paris par le paquebot ou l'avion.2. La Bibliothèque Générale (devenue Nationale)Près de la Tour Hassan, ce bâtiment imposant était le temple du silence et de l'étude.* **Le silence absolu :** On y entrait sur la pointe des pieds. Le bruit des pages que l'on tourne et l'odeur de la poussière de papier ancienne créaient une atmosphère de recueillement.* **Les grandes tables en bois :** C'était là qu'on allait "réviser" pour le Bac ou les compositions, même si on passait parfois plus de temps à regarder les autres étudiants qu'à lire ses fiches de révision.* **L'architecture :** Ses jardins, ses mosaïques et son calme offraient un contraste saisissant avec l'agitation du centre-ville.3. Les Disquaires : La bande-son de la jeunesseParce que la culture, c'était aussi la musique !* On allait chez le disquaire pour écouter, avec un casque imposant sur les oreilles, les derniers 45 tours de **Johnny**, **Sylvie Vartan**, ou **Adamo**.* C’était là qu’on achetait les billets pour les concerts ou les spectacles qui passaient au **Théâtre National Mohammed V**, ce joyau de modernité où l'on se sentait si fier d'être Rbati.Le "Petit Clown" et les LettresPeut-être aimiez-vous aussi ces petits bouquinistes de rue, où l'on échangeait des vieux illustrés contre quelques centimes. C'était une économie de la débrouille qui allait si bien à votre caractère malicieux.> **« À Rabat, on dévorait les livres comme on mangeait les sfenjs : avec gourmandise et une soif inextinguible de découvrir ce qu'il y avait de l'autre côté de l'horizon. » ****Roland Benzaken. Ancien de Rabat.**