Michael Sicsu
Généalogie des Juifs Marocains
07 August 2020 à 07:52
Tant de choses on été dites sur "le baiser de l’hôtel de Ville" de Robert Doisneau. Et pour cause. Faire parler un tableau permet de flirter avec l'universel, de grandir, de s’élever en même temps que l’œuvre, de magnifier une époque, un contexte, de capter un détail, un geste, une attitude. De rêvasser, de s’imaginer, de se projeter, de relativiser, de comparer, de se substituer parfois, de s’evader souvent. Ce cliché qui trône dans mon bureau à Agadir, et m'inspire quotidiennement, elle celui de mon arrière-arrière grand-oncle Hayim Sicsu (1808-1886).Il succéda à son pere dans les affaires et la diplomatie comme interprète de la Légation d'Angleterre & fut l'administrateur de la Poste Anglaise dans le Tanger diplomatique des années 1870. Dirigeant communautaire de 1er plan , il fut parmi les personnalités chargées de l'accueil de sir Moses Montefiore lors de sa visite historique au Maroc en 1863.Dans ce cliché, on le voit en pleine séance de travail, Salacot sur la tête (casque colonial anglais, fonction oblige) avec un Maure.C'est ici que le parralele avec Doisneau est interessant. Dans cliché, il y a "clic" ; et force est de constater que ce clic à de quoi provoquer le déclic chez qui à la capacité de s'évader, sortir des clichés justement, et penser loin, au delà de soi-même, ou contre soi-même pour paraphraser Levinas.Notons qu'en signe de respect pour son confrère visiblement plus âgé, Hayim lui a laissé la seule chaise présente, pour s'asseoir sur une marche, n'omettant toutefois pas d'ajouter une cagette en bois, peut être pour ne pas se salir, surement pour rester d'égal à égal avec le maure. (nous pourrions extrapoler ici sur une règle dégradante et heureusement abolie du Pacte d'Omar et le fait que des siècles durant, le juif ne pouvait monter qu'un mulet ou un âne, et non un cheval, pour ne pas dominer le musulman)Ils comparent tous deux leur travail, probablement une traduction Arabe-Anglais;Le maure, Chachia sur la tête , semble ici lire pendant que le juif suit et écoute conscienciseument. Qui est ce Maure ? arabe? berbère ?Remarquez la chevalière de Hayim, rare chez les israélites de l'époque, même chez ceux du Marshan. Et admirez la belle Jellabah brodée de l'érudit musulman.N'est-ce pas merveilleux de voir que bien avant le protectorat, juifs et musulmans peuvent collaborer ainsi, en toute quiétude, en toute sérénité? Nous sommes habitués à voir nombre de clichés sur des artisans juifs et de musulmans à dos d'ânes, travailler en bonne entente dans des villages reculés, tisser des tapis ou fabriquer des selles de chevaux , mais il me semble que c'est la première fois qu'on peut admirer deux professions libérales en pleine collaboration intellectuelle.Ceci pourrait être un message pour rappeler qu'en 2020 et malgré l'omniprésence de la Technique, l'homme n'est pas plus développé qu'au 19e siècle; que la desherence intellectuelle est le terreau de la barbarie et qu'à contrario, l'ouverture & la curiosité sont les piliers de toute sagesse, cohabitation, fraternisation, quiétude & harmonie.Bon vendredi saint à tous! Michael SICSU
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