30 November 2025 à 11:55
Françoise Dominique BastideLes raisons de mon ancrage à DAKHLA.Je suis venue à Dakhla la première fois il y a 17 ans et j'ai reçu un choc sensori émotif tellement c'est d'une étrange beauté.Au sortir de l'avion il y a cette haleine douce de l'Océan qui vous embarque avec tendresse. On allait chercher ses bagages dans un trou dans le mur, puis on faisait 3 pas et on était à l'"hôtel au milieu de la ville. Le Regency, un truc charmant au niveau construction et architecture. Au matin je suis sortie, j'ai marché pendant 1km,5 sans rencontrer âme qui vive, de l'inédit au Maroc... presque ça m'a fait peur. Je suis allée prendre un café au Bab el Bahar, un ancien quai à langoustes direct posé sur l'eau.....Là j'ai senti que tous mes neurones étaient rénovés. Je retrouvais mon enfance au bord de l'eau, liée aux éléments.Le matin même, nous avons eu une conférence à la Wilaya qui a duré la journée avec différents chefs de service sur le futur développement de Dakhla. J'ai trouvé cela passionnant.Le soir nous sommes allés manger de l'excellent poisson à la table de Karim Bakka et de sa femme Valérie au Bab el Bahar, ils furent des pionniers à Dakhla. Le lendemain on nous a fait visiter les installations. Le port était en pleine activité. Un peu à l'écart un noble sahraoui était nonchalamment appuyé dans sa belle et large Draa bleue, observant le ballet autours des bateaux. Alors que notre petit groupe passait devant lui, celui ci interpella mon beau frère, président de notre groupe en lui demandant qui nous sommes. Mon beau frère lui répondit: Nous sommes des chercheurs de l'Institut Marocain des Relations Internationales. Ah bon répondit notre interlocuteur et qu'est ce que vous êtes venus faire ici? Le président lui répondit en arabe, nous sommes venus comprendre la Région et en voir les opportunités.A moi il m'a semblé qu'il manquait quelque chose..et je lui ai dis en le regardant profondément au fond des yeux: Nous sommes venus voir qui vous êtes!Et dans un français meilleur que le mien, ce brave Monsieur a répliqué: Et il vous a fallu 35 ans pour voir qui nous sommes !...J'ai trouvé ces paroles abruptes d'une rare vérité.Mon mari, le Professeur Habib Kerdoudi qui fut pionnier de la Neurochirurgie au Maroc, venait de mourir. Nous étions tous encore sous le choc de sa disparition. C'était un homme d'engagement, un noble dans tous les sens du terme et un grand patriote. Il avait tout plaqué, femme, enfants, bébé, clinique, argent pour partir 3 semaines à la Marche Verte.Je me suis dit: On a pensé à tout ici... Le juridique, le militaire, l'économique, le stratégique, le diplomatique...mais l'humain Bon Dieu...l'humain!Pendant dix ans je n'ai fait que ça...partir, revenir, découvrir le désert profond et surtout les Sahraouis. Quelle est leur vie, qu'est ce qu'ils aiment, quel fut leur passé, leur mode de vie, de quoi souffrent il, qu'est ce que le conflit frontalier a laissé comme impact sur eux, comment vivent ils le passage du nomadisme à la sédentarité, quels sont leurs chants, leurs cultures, leurs traditions... Ayant entendu parlé de moi, le patron de l'Agence du sud m'a proposé une somme pour faire un livre de portraits sur des personnalité ayant un lien avec la Région. Je me suis mise sans attendre au travail et j'ai rencontré des personnalités magnifiques. A Rabat ils ont beaucoup aimé mes premiers textes. Et puis au cœur des révolutions arabes et la menace du 20 février, tout s'est ralenti. Le projet a pris du retard côté administration. J'ai repris contact avec l'agence et je leur ai dis: Ecoutez vous ne me devez rien mais mes textes m'appartiennent! Et à partir de là j'ai créé un groupe publique sur le net:Dakhla: Les amis de DakhlaEt j'ai commencé à balancer mes textes sur les réseaux sociaux pour toucher un maximum de monde avec un seul but:Pour que le Nord et le Sud soient recousus au niveau de la culture, de l'humain, de la Vie avec un grand V. Mon but était de contribuer à greffer le membre amputé et je l'ai fait en pensant à l'âme de mon mari qui aurait été si heureux de participer à cette oeuvre de reconstruction: de pure fraternité humaine!Au bout de dix ans, j'ai acheté une petite ferme d'environ un hectare à une famille de Sahraouis bien connus. Ici les autorités ont voulu me donner un terrain comme à toute personne qui a un projet et aussi pour encourager tout ce que j'avais entrepris depuis une décennie... J'ai refusé! J'ai refusé parce que je voulais que mon projet ait une portée symbolique: En m'installant sur cette terre, j'ai voulu indemniser largement la famille qui me la cédait. J'ai payé 750.000 dirhams leur droit d'occupation.Pourquoi cette ferme là particulièrement.Un parce qu'elle était totalement à l'abandon, deux parce qu'il y avait de nombreux arbres livrés à eux mêmes et qui formaient un écosystème naturel. apaisant contre les vents alizés. Le malheureux sahraoui qui l'avait conçue avait été enlevé au désert par le polisario et retenu plus d'une décennie et maltraité à Tindouf. Je pense toujours à lui avec émotion et au nombre de fois, où au fond de sa geôle misérable, il a dû penser à son adorable petite ferme sous le vent.Là j'ai réuni mes économies et j'ai décidé de construire un écolodge de 10 chambres avec la mienne, en pisé, bois, paille, roseaux, où l'on marcherait pieds nus pour retrouver les énergies vraies de la terre et où viendraient s'échouer tous les souvenirs de ma famille qui remontent aux Rois de France.dartawartadakhla.com est né.Ce n'est pas une pompe à fric, ce n'est pas un lieu naida naida, même s'il y a tout ce que l'on peut trouver ailleurs. Tawarta est un lieu où l'on privilégie le ressourcement, les joies simples mais profondes, l'amitié, la sincérité et la paix de l'esprit.Ce qu'on appelle "La civilisation" c'est juste la consommation matérialiste et individualiste. Elle abîme tout, broie les êtres et fout en l'air la nature!
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