22 April 2010 à 12:57
Pourquoi j’aime le MarocJ’aime le Maroc pour ses terres, ses contrastes, l’âpre beauté de son désert et la richesse des oasis.J’aime le Maroc pour ses djebels à couper le souffle (aussi littéralement, quand on le fait à pied).J’aime le Maroc pour ses vallées étroites qui blessent les montagnes rouges d’une tranchée verte éblouissante.J’aime le Maroc pour l’hospitalité sans réserve des petites gens qui accueillent encore Allah Laarbi [pardon pour la transcription erronnée] avec tout ce qu’ils ont et même ce qu’ils n’ont pas.J’aime le Maroc pour ses cultures millénaires.J’aime le Maroc pour sa tolérance, pour son histoire, pour ce que lui laissa le royaume de Grenade, et pour l’austérité des dynasties du désert.J’aime le Maroc pour sa débrouille, pour la capacité à survivre avec rien, pour ses petites embrouilles et les façons de les défaire.J’aime le Maroc pour sa cuisine, ses odeurs, ses goûts, ses lumières.J’aime le Maroc pour son sud, qui est là où je vis, tellement différent des grandes villes.J’aime le Maroc parce qu’on se contente de détourner le regard quand une touriste se promène en short et en dos nu, au lieu de lui jetter des pierres, et que les fatwhas d’Al Anzhar y font plutôt rire qu’autre chose.J’aime le Maroc parce que ce pays essaye d’avancer son chemin, sans violence, en zigzaguant entre les écueils et les contradictions.Je n’aime pas particulièrement le Maroc pour les marocains, car les marocains sont des gens comme les autres, mais il y a beaucoup de marocains que j’aime beaucoup.Je n’aime pas le racisme, entre arabes et berbères, contre les harratines, et aussi parfois contre les aroumins, mais ce n’est pas tout le Maroc.Je n’aime pas la peur du maghzen et de l’autorité, qui paralyse et empêche d’avance, mais cela change, et ce n’est pas tout le Maroc.Je n’aime pas l’orgueil chauvin qui pense qu’il n’y a rien de mieux que le Royaume, mais tous ne le partagent pas, et de toutes façons, en tant que française, je suis vraiment mal placée pour critiquer cela.Je suis déroutée par l’ignorance, pas celle des analphabètes, mais celle des gens éduqués qui acceptent les discours officiels – qu’ils soient du Roi ou d’Al Jezeera – sans essayer de chercher la vérité grise et incertaine au milieu des caricatures, mais ce n’est pas le Maroc, et cela existe partout.Je n’aime pas la jeunesse dorée qui fait ses études en France, qui s’ennivre le soir et ne fout rien de la journée, sûre de ses privilèges, et totalement oublieuse du sort de ceux qui n’ont rien. Et j’aime encore moins leurs parents, qui les éduquent ainsi. Mais ce n’est qu’une toute petite partie du Maroc, et j’espère qu’elle disparaîtra avec la montée des classes moyennes, avant de faire perdre sa bonhommie au marocain de la rue.Je n’aime pas le désintérêt politique de la jeunesse, parce qu’il laisse la porte ouverte à bien des abus, mais je le comprends.Je n’aime pas les discours officiels et les émissions soporifiques sur 2M, où tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais je regarde TF1 et je me dis qu’il y a pire, et qu’au moins, ici, en plus de la StarAc, il y a Challengers.Je n’aime pas la corruption, mais tant que les PV pour excès de vitesse seront à 400 dirhams pour 10 kms/heure de dépassement, le SMIC à 2.200 dirhams, le salaire d’un policier autour de 3.000 dirhams, et le kilo de viande à 65 dirhams, je sais que c’est inévitable.Aimer ne veut pas dire fermer les yeux en attendant que tout s’arrange par miracle.Parce que j’aime le Maroc, j’ai envie que les gens qui s’y installent y restent, et puissent s’adapter, comprendre le mode d’emploi de la vie quotidienne. Quand j’entends les nouveaux arrivants se plaindre de ceci ou cela, je souris en me rappelant de mes premiers mois. Raconter, ce n’est pas dénigrer, et je parle du Maroc parce que je l’aime.Par Marie-Aude Koiransky • 9 novembre 2007
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