La ville de Rabat : Vous avez dit atmosphère ?Le R'bati changera-t-il au rythme de sa ville? Les cafés, les restaurants et les bars continuent à ouvrir. L'atmosphère n'y est toujours pas. Seules les périodes de Ramadan montrent ce que pourrait être un Rabat nocturne tout au long de l'année. Si quelque chose se déclenchait. Mais quoi? La vie des quartiers a disparu. Des pôles d'animation se sont certes enrichis. Mais désertés le soir et entre treize heures et quinze heures. Rabat, ville de fonctionnaires et de ministères, permet encore à ses habitants de rentrer déjeuner. Heures creuses dans la ville. Pourtant, sa jeunesse aspire au mouvement et au changement. Ce qui fait le charme incontestable des capitales européennes ou de villes comme Beyrouth ou Le Caire, c'est, d'une part, le mouvement quasiment incessant et d'autre part le rapport à la rue. Rabat ignore sa rue. Quel Marocain n'a pas éprouvé le sentiment merveilleux de pouvoir se promener librement dans une rue de Paris, de Madrid ou de Vienne? À Rabat, on circule pour aller d'un point à un autre, au travail, au marché, à l'université, à son club de sport. Il est certes loin le temps où un groupe de plus de trois personnes discutant en arrêt dans la rue était perçu comme un rassemblement douteux. Des policiers se hâtaient alors d'intervenir et invitaient à quitter l'endroit. Aujourd'hui, cette méfiance a disparu. Mais la rue n'est pas encore gagnée. Pas d'errance, pas de déambulation hasardeuse. On ne la découvre pas en marchant. On ne s'y promène pas, hormis une ou deux avenues. La beauté d'une ville se mesure profondément quand on y musarde, quand on y flâne. Si l'on n'était agressé par la circulation, par le regard et les remarques des hommes sur les femmes et, dans certains lieux, par la mendicité, Rabat est une ville qui, par sa beauté, invite à la marche, même si les Murailles ne facilitent pas la marche du piéton. Le long du Méchouar, le long de la muraille de la Médina, les grands boulevards, comme ceux longeant l'hôpital ou l'hippodrome, n'invitent pas trop le piéton. Restent des avenues, comme la majestueuse Avenue de La Victoire qui aboutit au rond-point des trois portes de Bab Rouah. À l'heure du soleil couchant, une lumière incendiaire et splendide éclaire la pierre rouge de la muraille. Rabat a la chance d'être une ville où l'on voit le ciel, quel que soit le lieu où l'on se trouve.La loi restrictive pour la hauteur des immeubles en fait une ville aérée. Mais la ville qui s'étend en dehors de la Medina et des Oudayas, avec ses grandes voies rapides, est une ville pour les déplacements en voiture. S'imagine-t-on faire une promenade de la forêt du Hilton jusqu'à la Muraille de la Médina, passant le long du Méchouar, arrivant près du Chellah et longeant le splendide paysage sur la vallée du Bouregreg? La pratique de la ville en voiture est une connaissance partielle de la ville. Mettre à niveau les infrastructures de base et avoir du haut de gamme, créer des pôles d'activité, concevoir des projets économiques structurants, résoudre les problèmes de circulation, des décharges, créer de l'emploi, faire preuve de civisme, donner une image de marque culturelle à la ville, dynamiser la vie commune, proposer un parc technologique et multimédias en y intégrant des écoles de formation, développer une industrie propre et performante sont quelques-uns des objectifs d'aujourd'hui et de demain pour la ville de Rabat.La prise de conscience est là. Mais le changement profond d'une ville n'est pas seulement l'affaire d'architectes et de maires, elle est l'affaire de tous. Elle doit être le fruit conjugué de tous ses acteurs et de tous ses habitants.