__ "La vie en rose" ou le Jardin d'enfants de ma mère à Rabat:*** "Avant", on pouvait entreprendre sans que trop de bâtons dans les roues n'entravent les initiatives personnelles...Dans les années soixante, avec un prêtre (le Padre Antonio Arigoni), ma mère créa le premier Jardin d'enfants de la ville de Rabat.Il se situait sur le terrain de l'église Pie X, dans un joli préfabriqué qu'abritaient un énorme abricotier rond et des arbres à gogo.Quatre vingt enfants, de toutes nationalités, évoluaient à l'intérieur de cette petite école, les plus pauvres étant dispensés de payer.A cette époque, mon plus jeune frère âgé de deux ans, faisait partie des petits élèves, et déjà, il retenait comptines et chansons.Ma mère était aidée par une jeune marocaine, et tout se passait à merveille!Je me souviens de certains petits visages : le frère et la soeur : Isaïe et Hanina, la petite Pascaline au chignon en boucles, Pierre-Olivier qui ressemblait, bien que tout petit enfant, à Steeve Mc Queen. Ce dernier mangeait avec nous à la maison, et le soir, certains attendaient leurs parents chez nous, dans un gai brouhaha.Il y eut des drames, comme la mort de la Maman de la petite Claudine. Qui resta "pensionnaire" à la maison durant toute une année. Claudine était sourde et muette, et les débuts de son "apprivoisement" furent difficiles . Peu à peu, elle prit sa place .Nous l'aimions comme une soeur, et ce fut un déchirement quand son père (qui n'avait rien d'un père) vint la récupérer en compagnie de sa maîtresse, vêtue avec les robes de la morte...Encore aujourd'hui, ma mère a gardé quelques contacts avec certains de ses petits élèves : les frères Wang, l'un devenu médecin, l'autre pilote. Les frères Roveillo dont les parents enseignaient au lycée Descartes..Ainsi va la vie ! Je me souviens de tous ces petits en tabliers roses ou bleus, défilant dans le terrain fleuri aux récréations, récitant "bonne fête maman chérie" perchés sur l'estrade, de leurs yeux candides, de leurs zézaiements pour certains, de leurs "doudous" aux oreilles de velours, de quelques prénoms qui s'égrènent comme dans la chanson de Marie Laforêt : Yvan, Boris, Natacha, Yohanna, Anton, Paula, Rebecca.....___ Photo : Willy Ronis