**20 Aout 1955 Samedi a Safi****Histoire de Famille Azran Raphael****Vendredi, Il y avait des soulèvements dans tout le pays et on pouvait entendre les contestataires courir en tout sens. L’heure était grave pour nous les juifs de Safi !****Safi a commencée à bruler contre le Protectorat Français et les manifestations se sont développées avec plus d’ampleur.****Raphael Azran avait déjà accumulé beaucoup de planches de bois, des barres de fer ainsi que du matériel de défense de tout genre. Lui et ses deux grands fils ont entrepris le travail de fortifications de la maison. Tout, devait être mis en œuvre pour empêcher ces rebelles et destructeurs qui voudraient nous massacrer.****La porte principale renforcée par des lattes cloutées et des pailles de fer croisées aux quartes coins, pour renforcer nous avons amoncelés tout genre de meubles lourds de manière à pouvoir isoler la rue du patio intérieur.****Toutes les fenêtres sont consolidées aussi. Mon père avec toute sa gloire nous explique à Jacky mon frère, âgé de 11 ans et moi, du haut de mes 9 ans, comment nous allons défendre les filles et le petit de notre maison, il nous arma d’une tige en fer et d’une ceinture en cuir à utiliser a l’envers.****Vers l’arrivée du Shabbat, tous les travaux de protection sont achevés et nous nous sentions assez protéger. Raphael était très calme, bien que j’apercevais des contractes de temps à autre avec un manque de tranquillité, la situation était précaire et la crainte pour notre vie était réelle. Mais, mon père, avec son passé d’israélien depuis la création de l’état d’Israël, savait comment résister face a un ennemi et ne pas céder d’office a la panique.****En tant qu’enfant, j’ai compris ce qu’est un courageux effronté et décidé à anéantir qui oserait s’approcher de notre maison.****Ma mère, Sol, occupée pendant ce temps aux dernières préparations du Shabbat, nous mitonnait avec sérénité les plats traditionnels que nous adorions.****Jacky ! Soly ! C’est l’heure de la prière, nous allons prier à la maison car il est très dangereux d’approcher la synagogue et même de sortir vu les périls qui nous guettent dans toutes ces sinueuses rues de la ville.****Apres un Kiddouche du vendredi soir assez morose, comme si chacun faisait ses derniers comptes avec son Dieu ! Le diner rapidement servi s’acheva avec les prières de grâce qui relevèrent un peu notre état d’âmes.****Dehors, le silence était tangible, de temps à autre on entend des cris et des insultes contre le protectorat français qui gouverne ici durement depuis 54 ans au Maroc.****Samedi, aux premières heures ! Notre père réveille les garçons pour la prière a la maison et pendants les cantiques et les psaumes, on entendait des roulements de bruits d’un rassemblement grandiose et des personnes qui courraient dans tous les sens. Nous entendions la résonnance des pierres contre nos portes et nos fenêtres d’une maison en siège.****Nous sentions que l’heure grave approchait et que nous devions nous protéger. Dans tout ce vacarme odieux, je perçois des voix de personnes qui parlent entre eux ; ma mère a détectée la voix de M. T’heum, le propriétaire du four (Fe’rane) populaire face a notre maison. Elle a bien compris que c’était lui et engagea un dialogue à travers les barricades. Cet ancien boulanger des années durant, lui parlait et lui raconter ce qui se passe dans la rue et de plus il disait être fortement inquiet a notre devenir et pour cela il décida avec ses fils de s’asseoir sur les escaliers de notre entrée et monter une garde jusqu'à la fin du soulèvement. Notre bonne voisine d’en face, infirmière à l’hôpital l’a rejoint avec son époux pour nous protéger. Ainsi s’installa une garde continue pour notre sécurité.****Tout ce matin, les cortèges de protestataires continuaient et nous n’avions jamais imaginés que ce serait de cette ampleur, nous recevions des rapports de la situation extérieure de nos gardiens de fortune, mais malheureusement, eux même ne comprenaient pas la situation réelle et ce qui se passait dans la ville.****Nous sommes en 1955, Samedi, le 20 Aout, presqu’un an avant l’indépendance du Maroc, Il est 11 heures du matin, nous entendons des cris en français et des tapes contre notre porte d’entrée, Mr Azran ! Mr Azran ! C’est la Police française, nous sommes venus car vos magasins et votre atelier sont en feu, il y a un grand vandalisme et pillage, les brigands prennent tous ce qui leurs tombe sous les mains, nous sommes venus vous accompagner pour aller et essayer de sauver ce qui peut être sauvé ! Le Magasin de tissus et l’atelier en face seront totalement décimés.****Dans la maison, une grande angoisse s’installa, à part le danger sur nos vies, maintenant même notre situation financière est engagée. Toute la famille se tourna vers Raphael et nous attendions sa décision fatale ! Contre toute attente, mon père répond a la police qu’il n’a pas l’intention de sortir ni d’aller aux magasins, qu’il n’est nullement intéressé a sauver quoique ce soit et tant que le Shabbat durera, il n’approchera point ses magasins même s’ils sont en feu !****Ainsi les policiers partirent et nos chers voisins raffermirent la garde après qu’ils ont entendus que les magasins complètement détruits par les malotrus.****Pendant ce temps, Raphael resta assis avec son calme naturel, visage pensif car il savait que les choses n’étaient pas encore terminées. Nous déjeunons, la fameuse Dafina traditionnelle et le Shabbat se déroula en toute ferveur.****Le soir, a la tombé du jour, sortie du jour élu, mon père fait les prières de la Havdala, nous chantions les cantiques de Eliahu en l’implorant de notre cœur avec force !****Raphael, appelle Jacky mon frère et moi, nous explique que maintenant, le Shabbat est derrière nous, il va aller voir ce qui se passe et quoi sauver. La, la garde de la maison reposera sur nos épaules, qu’on l’aide à libérer une partie des barricades et le plus importants est tout remettre en place jusqu'à son retour.****Vous n’ouvrez à personne sauf moi à mon retour !****Vous vous imaginez, deux gamins face a leur père, qui a confiance en eux et remet ce qu’il a de plus cher sous leur vigilance !****Je n’ai jamais eu de ma vie une si grande fierté et d’avoir été aussi proche de mon père comme ces moments solennelles la…..mon cœur était gonflé et j’avais chaque bribe de mes muscles qui étaient prêt à cette mission, oui, Moi, avec ma tige en fer et ma ceinture !****Nous ouvrons un passage a travers les meubles et ouvrons une porte pour exfiltrer mon père en dehors de l’enceinte comme pendant la guerre ! Il rejoint ce sacré boulanger et la police…****La maisonnée rentre dans un état garde accrue, nous étions renfermés dans nous même, quel sera notre destin, notre couronne maintenant est partie et qu’adviendra t’il de nous s’il ne revient pas ! Aucune parole, aucun souffle, aucun rire, même Helene qui a 5 ans, Simona a 3 ans et Martine à 1 an ont compris que l’heure est grave et n’ont pas quittées ma mère d’une seconde.****Jacky et moi sous son commandement, montons la garde et chaque bruit ou mouvement nous faisait bondir !****Deux gamins prenaient au sérieux le destin d’une famille sur leurs épaules… les minutes se comptes une a une et le temps ne bouge ni ne coule…on dirait que Dieu a décidé de prolonger les heures ce samedi soir…. Il y a eu des secondes pensives noires et nous n’osions pas en parler l’un a l’autre, même pas se regarder dans les yeux, nous savions une seule chose ! De mener une bataille de toutes nos forces et notre corps frêles pour défendre fièrement la famille à la place de notre père.****Jacky monta la garde, assis du haut des meubles à l’entrée et moi de la cote des fenêtres pour bien entendre le retour de notre père !****Quelque temps après, la rue se calma ! J’entends des pas lourds familiers qui s’approchent de notre ruelle vers notre maison qui dominait sur 3 directions. Je reconnais la voix de Raphael, de T’heum et Rabia l’infirmière. Soudain je sentais ma chemise trempée, des larmes de joie coulaient sans que je m’en aperçoive. Vite nous ouvrons une brèche dans la forteresse pour accueillir notre valeureux avec joie et bonheur.****La famille pouvait enfin respirer à nouveau car nous avons eu la chance que notre père soit revenu sain et entier !****Il pénétra a la maison, nous l’avons tous entourés pour avoir chacun un brin d’information au sujet des magasins. Nous l’écoutions avec les oreilles grandes ouvertes et chaque mot trouvait sa place, nous réalisons que notre père venait de perdre toute sa fortune et il ne pu rien sauver du vandalisme et de l’incendie de ce jour.****Et voila ce que Raphael, déclara en revenant des ruines de ses magasins, il sorti une grande paire de ciseaux de sa poche, celle que les tailleurs utilisent, qui ne brulèrent point parmi les dégâts, il les rapporta comme un butin de guerre, leva sa main et nous dit : « J’ai retrouvé mes ciseaux, j’ai mes mains, je suis en vie et ma famille est avec moi, je n’ai pas enfreins le Shabbat – Nous bâtirons tous à nouveau ! »****Quel merveilleux Samedi, nous avons eus et nous ne pensions plus à la grande perte.****Fin de l’histoire, suit une bonne action, une année Raphael rebattis toute sa fortune et ses affaires, le Maroc a eu son indépendance et ma sœur Ruth est née !****Ces fameux ciseaux sont déposés à ce jour chez Soly !****Azran Soly**