Traduction du texte de **[Soly Azran](https://www.facebook.com/groups/2313276282336548/user/650024574/?__cft__[0]=AZXGFnRC4XKLUKI-XtVfi-IpHVBUSB8Wz9yFYumy-GN8Kxo_qkETpNEdq07VwgkwNGyf7x30f72CU5YUGkkYOM-Hg11OW__zTVO-svA03lPkttj3MfO8VOlYVqXG_-uEObXWVq1sDzxto5LAZhCdTdCQ0MzDNhLBD7PhfMc5wGggCC9WtY4qPeGWkyJU5zh6uf60UJFviGDSEP0zX2OMJNsQ&__tn__=R]-R)**L'histoire du départ de la communauté juive de Safi.D'après les histoires de la famille Raphael Azran – Chapitre 3 / 4Le jour D-Day approche, c’est le jour le plus dramatique pour les juifs de Safi, la sensation de déracinement se fait sentir et commence à devenir réelle, toutes les cargaisons sont envoyées et les bagages qui nous accompagnent étaient prêts !On n’attendait que le signal du départ, il fallait aussi penser à une idée comment et ou se rassembler pour les adieux avec nos frères qui restaient. Nous sommes avertis que deux autobus seront à notre disposition à l’heure précise pour commencer le périple de Safi à Casablanca – vers l’Aéroport d’Anfa en centre ville. Ils ne voulaient pas l’Aéroport Nouaceur, jugé trop fréquenté et nous voulions garder la discrétion totale de l’Opération.Pourquoi Opération ! Des années plus tard, j’avais compris que nous étions intégrés dans la fameuse « Opération Yakhin » qui se constitué de la plupart des juifs du Maroc et qui était sous l’égide de Feu Le Roi Hassan II, qui a permis a tous juifs qui le désir, de sortir du pays, lui et ses enfants, son argent et ses bagages contre le payement d’un forfait par tête. Ce récit en entier est écrit par mon ami qui fut en charge de la Misgerete, M. Meir Knafo dans son livre « Mivtsa Yakhin »Se sont organisés des comités de chaque famille, car ce groupe contenait beaucoup de familles nombreuses, parents et grands-parents. Pour cela, il fallait une coordination restreinte entre les délégués de chaque tribu. Nous devons nous réunir, et nous réunir encore pour être certain d’être au courant de tous les détails, vu la gravité et la portée de la situation.Notre destin est sur la balance, par la sensation de l’arrachement proche, la crainte des autorités ainsi que par cette entreprise du voyage car pour plusieurs d’entre nous c’est la première fois qu’ils prennent l’avion ou même qu’ils quittent le Maroc. En plus ce désir ardent d’exécuter le dicton « Lé Chana Haba’a Be Yerusalayim » (l’an prochain à Jérusalem) qu’ils ont récité en toute piété et vénération toutes leur vie depuis plus de 20 siècles, Enfin ! Cette démarche accompli et l’exode se déclenche.Dans une réunion, on décide que le rassemblement pour le départ sera au Cimetière Israelite de la ville, isolé et planqué derrière notre école de L’Alliance.Cette Ecole, qui a vue des générations entières de professeurs, d’instituteurs, des moniteurs et des élèves qui ont divulgués du savoir et de la sagesse a travers le monde sur une petite communauté juive connue pour être sérieuse avec sa volonté d’avancer durant prés de 2000 ans.Chaque pierre de cet édifice nous interpelle, il faut voir avec quel considération et respect, les anciens attribuent a cette institution.Ce cimetière sur un terrain acheté par nos ancêtres et c’est le seul cimetière qui est enregistré en propriété privée au nom de La Communauté Israelite de Safi. Nous avons a titre de propriété en main, contrairement aux autres cimetières du Maroc qui sont sous bail et peuvent disparaitre un de ces jours. Nos anciens savaient ce qu’ils faisaient pour notre bien.Par crainte que tous les juifs de la ville viennent en grand nombre au cimetière et cela pourrait attirer l’attention des autorités, nous avons imaginés de faire une soi-disant Hilloula du Saint Vénéré qui est enterré en plein cœur du site, le Grand Rabbin Baruch Essebag z’’l, mais nous avons entendu que les autorités participent traditionnellement à toutes les Hilloulotes! Cette tradition est ancrée anciennement car les Musulmans de Safi vénèrent aussi nos Tsadikims (Saints) et ont perpétués leurs participations à nos cotés. Donc nous avons décidés de changer la raison pour un faux enterrement d’un juif. A ces cérémonies, ils ne viennent pas et nous laisseront tranquille.C'est ainsi que beaucoup de juifs participeront a un enterrement d’un cercueil vide, en pleurant réellement de tristesse à cause de notre séparation !La Séparation, qui sait quand allons nous, nous revoir, bien entendu que pour nombreux, les chemins se séparent maintenant et certain d’entre eux ne se regagneront pas Israël, chacun et sa destination, qui ira en Israël, d’autre iront au Canada, en France ou en Espagne ! C’est pour cela que nous pleurons pour l’éloignement de cette vie commune depuis nos ancêtres, durant des centaines de printemps. Le flux des gens démarra avec le coucher du soleil aux premières heures de ce crépuscule en plein été, avec une chaleur torride dans ce terrain immergé de plantes sauvages, sans eau courante, ni toilette et même pas un point d’électricité inexistant.Ce qui fut irréel, c’est que tous voyaient tout, malgré les yeux imbibés de larmes, nous pouvions reconnaitre les personnes. Les pleurs, les complaintes et les cris de douleurs jaillissaient dans le noir, à chaque arrivée les émotions se renouvelaient.A un moment ce fut des lamentations à l’unisson qui s’élevaient parmi les tombes ou sont enterrés tous nos aïeux, grands-parents et anciens. Nous nous séparions aussi d’eux et les laissons à un abandon très incertain.Dans un grand gémissement, nous implorons leurs pardons car pour nous le commandement d’émigrer en Israël avait un impact majeure.Nos cœurs étaient fracassés car nous sommes convaincus que nous n’aurons plus l’opportunité de nous complaindre sur cette pierre glaciale qui porte notre même nom de famille. Le respect de nos morts est très implanté dans nos coutumes, c’était une heure tragique que nous redoutions d’y faire face.Le premier autobus se positionna prés de l’entrée, cependant le deuxième sera tenu un peu plus loin et n’approchera que lorsque celui-ci se remplira inclus les inscriptions minutieuses et après la certitude que tous les bagages sont chargés.Les chauffeurs et les ouvriers qui les accompagnent connaissent très bien leurs besognes car la société de transport est confirmée par la Misgerete et nous savions que les propriétaires étaient juifs. Pour notre chance, le bus illumina avec ses feux et nous avions une meilleure vision.Les appels par famille commencent, des pleurs étouffés couvraient la queue vers le car, Sur le toit s’affairent les graisseurs marocains à ranger nos bagages sans crier mot ! Ils sont muets car ils savent que l’heure est grave dans cette situation ou la tension fut à son paroxysme. Chaque fois qu’une personne descendait de l’autocar pour encore, une autre embrassade déchirante ou un autre baiser en larmes et enlacer éperdument, on pouvait voir la tristesse dans ce noir et ressentir le poids des mots si flageolants à s’évanouir.A un moment les flans du bus étaient suintants des puissants sanglots douloureux avec des cris et rugissements de désespoir, celui qui savait qu’il n’arriverait pas en Israël et celui qui larmoie tant il voulait être avec nous.De cette colline s’éleva une prière faite d’une seule phrase « l’Année Prochaine a Jérusalem », d’un coup le silence régna.Dans une attente rigide, chaque père de famille comptabilise l’intégralité de son effectif.Dans ces ténèbres en déchirant l’obscurité, les moteurs se mirent à vrombir et a démarrer lentement et quelque ‘uns de nos amis qui restaient se mirent à courir derrière pour encore nous saluer et nous dire un au revoir déjà plein d’alanguissements. Comment en quelque secondes passe devant toi l’histoire de ta vie. L’histoire d’une antique communauté qui planta ses racines ici, il y a 2000 ans et voici le moment historique que notre peuple est appelé à prendre part dans la vision de créer un état juif à nous : L’Etat d’Israël.Notre bus se déplaça à toute vitesse dans cette nuit chaude et nous regardions, silencieux, comment Safi devenait petite, jusqu'à disparaitre complètement, on ne croyait pas vraiment qu’un jour nous n’aurons pas la possibilité de revenir sur nos traces, nous élevons dans nos cœurs une prière qu’un jour nos chers suivront nos pas.Nous étions pénétrés d’une foi que nous faisions l’action qu’il fallait et chaque personne ici, l’a fait de son propre choix avec amour et dévotion.Chaque passager se replie dans lui-même et médite avec appréhension le départ et l’avenir en même temps.Quelques kilomètres après, le sommeil emporta tous les enfants et les jeunes du groupe, un silence total !Nos vieux échangèrent quelques mots de réconfort d’une voix oppressée et frémissante par les événements survenus dans cette soirée, comme d’habitude chacun servira des douceurs et friandises pour adoucir notre stress, ils offrirent aussi au chauffeur pour qu’il ne s’endorme pas dans cette heure si tardive !Je suis au carrefour de ma vie, avec la réflexion profonde de résumer pendant ce trajet vers Casablanca, tous mes 17 ans de vie. Comme si je voulais laisser derrière moi ce passé et concentrer mes forces vers ce qu’il m’attend, les aventures sur notre chemin et ce future prochainement réalisable.Mon regard se porta chaque seconde sur mon père, Raphael assis en train de prier, et je ressens ce que son cœur éprouve pour la responsabilité envers ma mère et ses 9 enfants, mes yeux vont vers Sol, cette femme pugnace, notre colonne vertébrale, comment son cœur peut ‘il contenir autant d’amour pour chacun de nous ? Nous n’avons jamais ressentis qu’elle aimait l’un plus que l’autre, l’égalité naturelle dirait-on ! Son beau visage céleste ne laissait que l’éclat de ses yeux bleus qui reflétaient dans le noir. O mon amour comme je l’admirais!C’est une bonne chose qu’il soit obscur, car cela permettait à chacun de méditer sans être vu. Bébert, mon jeune frère installé prés de moi, dormait déjà en s’accoudant sur moi, cela m’a beaucoup réconforté de sentir sa chaleur comme une réalité concrète, il a été d’une grande aide pour rassembler les petites, je pense que lui aussi doit penser a ses rêves de jeunesse mêlés avec la fatigue de ces derniers jours. Je me retourne à nouveau vers ma sœur Helene, qui avait la garde des petites, Simone, Martine et Ruth qui ne se quittaient pas de la main autour de leur sœur et les contrôlait haut la main, bien qu’elles acceptaient ses ordres car l’instant était grave. Et le petit Benny, s’est enroulé auprès de ma mère. Je vois tout mon univers ici, il est ici, mon amour est de toute son incarnation, mes larmes coulent de bonheur et la joie qu’ils sont la, ici, avec moi et que nous vivons ensemble ce merveilleux périple.Nous avions quittés la ville à l’heure convenue, minuit ! Car nous devons arrivés a Casablanca au levé du soleil, pendant la journée nous embarquerons déjà pour Marseille. Le jour pointe comme il le désire, tout doucement, tous les passagers commencent à se réveiller et à voir la réalité. Le bus fonça assurément dans la ville qui peine à se lever, nous arrivons au centre, Avenue des F.A.R encore désertée d’affluence et nous reculons en marche arrière, les deux cars entrent dans un grand dépôt en plein cœur de Casablanca. C’était derrière l’hôtel « Marhaba », non loin du port et de la mer.A suivre chapitre 4/4