P. S.
Généalogie des Juifs Marocains
18 October 2020 à 15:39
**Traduction du texte de Soly Azran**L’histoire du départ de la communauté juive de Safi.D’après les histoires de la famille Raphael Azran – Chapitre 4/4Nous ont attendus des agents de la Misgerete, ils nous demandent de descendre dans ce garage, d’attendre les consignes et l’évolution du programme. Bien entendu, nous voulons surtout nous étirer, activer nos pieds et aussi préparer les victuailles que nous avions amenées avec nous des Safi. L’heure de partance est fixée à 18.00h ce soir pour l’aéroport. Nous patientons sur place tranquillement tout ce matin la et personne ne sortait ni rentrait. Seuls,les organisateurs allaient et venaient de temps à autre. Le soir s’approche, rien de nouveau et le groupe s’organise pour la sortie prévue. Sont arrivés les responsables du voyages et nous annoncent en marmottant qu’il y avait un problème et qu’ils s’activent à le régler. Le vol est annulé pour aujourd’hui et nous devons attendre jusqu’au matin pour fixer une nouvelle heure de démarrage!Cela créa une certaine tension dans le groupe qui déjà était assez agacé, qu’allons faire ? Comment s’organiser dans ce dépôt sans toilettes avec un seul point d’eau ? Encore plus, des instructions très dures nous tombent dessus – Nous n’avons pas le droit de faire du bruit la nuit pour ne pas éveiller des soupçons dehors. Les deux autobus furent mobilisés de suite pour nous servir de dortoirs. On s’organise donc, pour cette transition obligée avec un silence résigné et nous sollicitions surtout d’avoir des barriques qui serviraient de toilettes, chose qui fut exécutée rapidement.On nous ravitaille avec des casse-croûte et des boissons à volonté, Ah ! ces bons sandwichs que j’adore, avec du saucisson de la Société « Amsalem » avec de la Harissa « Sah’ka », des pains et des fruits. Apres ce repas frugal, nous rentrons dans un état de confinement d’urgence installés dans l’obscurité et le silence jusqu'à l’aube.Une garde semi- militaire s’est organisée comme on savait faire chez les scouts. Il serait inutile de dire combien était dure cet ajournement du départ, l’inquiétude a augmentée d’intensité car c’était le premier retard sur notre chemin vers le pays.Au petit matin, à demi ensommeillé, tout le groupe était sur pied comme un seul homme et s’impatientait. De nouveau une dépêche, nous dit que le démarrage, s’il aura lieu, ne serait que dans l’après-midi, donc nous devons continuer à être silencieux, calmes et surtout discrets. Il y a eu quelques contestataires qui rechignaient, mais nous ne voulions pas détériorer une situation dont nous n’avions pas le control. C’est comme ca, nous les gens de Safi sommes raisonnables, pensons d’une manière réaliste et nous jaugeons avec espoir tout ce qui advient. Ainsi passa un jour de plus, dépourvus de tout avec, que notre cœur plein de dévotion pour arriver à notre destination finale.Enfin l’heure attendue arriva, le décompte des présents se refait et nous escaladons les cars pour démarrer ! Le grondement des moteurs dans ce magasin après deux jours de silence était comme un tremblement de terre. Les lieux demeurent malpropres après notre séjour et nous montons dans les bus honteux de laisser l’endroit immonde, mais malheureusement que pouvions nous faire dans cet état précaire.Derniers regards sur la ville de Casablanca par ces vitres poussiéreuses, finalement les bus iront à l’aéroport principal de Nouaceur, par la porte 3 - qui est l’entrée spéciale pour les groupes et les voyageurs irréguliers comme nous. Nous quittons tous le Maroc avec un laissez-passer collectif auquel est attachée une liste de noms des passagers sans avoir à présenter de passeports. Dans le bus, un silence total dominait, pas un seul son, à peine une courte respiration et nos sacs accrochés sur nos corps. Toutes les valises seront chargées directement a la soute sans aucun control.Les autocars stationnent sur la piste pour l’ordre de descendre, nous nous organisons comme des soldats et chacun connaissait sa mission, qui tenir ou quoi prendre dans ses mains. Enfin dehors et nous voila debout devant deux Dakota (Douglas DC 3), des avions couleur argent, je frémis de tout mon corps, voila nos Ailes de l’Aigle d’Argent qui nous arrachera de notre antique terre pour nous ramener vers Sion.Ces avions sont petits, je pense que c’étaient des surplus de l’Armée de l’Air Américaine. Nous faisons une longue queue en direction des cinq marches de l’appareil. Des policiers Marocains nous encadraient des deux cotés pour nos diriger jusqu'à l’intérieur des Dakotas. J’entendais les appels des noms qui fusaient sur la piste.Ma mère, Sol fille Haziza, était première avec Helene ma sœur qui tenait dans ses mains les trois petites, après ce fut mon père Raphael Azran avec Bébert, mon jeune frère, tous deux chargés des sacoches, moi en dernier je ferme les rangs de notre famille avec Benny mon petit frère sur mon bras pour monter dans l’engin et comme prévu aussi ma casserole et la boite Guigoz dans l’autre main. En venant à gravir les marches, un policier me demanda ce que je tenais dans ma main, je crois que j’ai failli m’évanouir sur place, j’étais déconcerté et rien que le sourire cajoleur de mon petit frère lui fit comprendre que c’était pour lui, il changea d’avis et nous laissa monter dans l’avion. La frousse était si puissante que mon pantalon s’en souvenait, car n’oublions pas qu’une partie de notre fortune était dans cette innocent objet, je fus tellement troublé que je n’ai pas vu l’intérieur de l’aéroplane !Il s’avéra que les Dakotas servirent aux parachutistes pendant la deuxième guerre mondiale et leur intérieur était conçu avec des rangées d’un bout à l’autre, de bancs en métal inoxydable non matelassé et sans repérage de siège. On s’installe comme on arrive, nous avons eu le droit à deux rangées, la première sera occupée par ma mère prés du hublot, Sol était livide comme du gypse par l’anxiété car l’appareil ne lui faisait ni confiance ni la sécurisé, puis mon père arriva avec les 4 filles, deuxième rangée je m’assoie en premier aussi prés du hublot, puis Benny et Bébert avec l’attirail.Il y eu une petite cohue lorsqu’on nous demande d’attacher les ceintures de sécurité, car certain ne les trouvait pas et aucune d’hôtesse pour nous guider. Tout était rudimentaire comme à l’armée.A la bonne heure, tout le monde fut attaché et les moteurs de l’avions commencèrent à geindre leurs déchirements du sol !Mon père, récitait à haute voix la prière du voyage et la prière des vivants comme s’il était l’officiant de tous, un « Amen » du fond du cœur s’éleva au ciel par tous les passagers.L’heure était 19.00h aujourd’hui mercredi le 12 Aout 1964, voila ! Nous sommes encore dans les cieux de notre Maroc, en route pour exaucer le rêve de nos ancêtres, après des nuits et jours de préparatifs, des espérances et des songeries, dans ce ciel clair du milieu du mois d’Aout, on commence a voir toutes couleurs du rouge du coucher de soleil. Je sentais que j’avais le ciel a portée de main, mais mon esprit s’envole vers ce bonheur que j’ai eu d’être la génération qui nous ramènera vers la terre promise.Le vol vers Marseille – Aéroport Marignane durera 6 heurs, l’avion est petit, un membre de l’équipage passa et distribua de l’eau et des bonbons avec la promesse qu’un diner nous attend à l’arrivée à destination.Raphael dit à Sol de faire attention à son manteau en vison car tout notre patrimoine est enfoui à l’intérieur. Il fallait voir avec quel stupeur et quel sursaut, elle enleva l’habit et le lui jeta, « Je t’avais dis de ne rien me donner » et avec son calme habituel, il ramassa le vêtement et l’emballa dans un sac qu’il avait prévu a cette effet, car il savait que son attitude serait rétrograde et houleuse. Avant notre départ, il avait pris son manteau et cousu toute la doublure a l’intérieur de grands billets de banque sans lui souffler mot, ainsi ce butin passa paisiblement. A vrai dire j’étais dans le secret.Petit à petit on s’est habitué au bruit des moteurs de l’avion et à ce mode de vol, c’est alors que nous avons pu nous libérer légèrement et échanger des propos pour baisser le stress. Les dialogues ont débutés doucement et puis ils ont clamés en l’air des tumultes de plus en plus denses et fournis, ça prouvait combien nous étions nerveux après ces deux jours.Les éclats de rire sonnaient très fort et cela a relevé notre moral jusqu'à ce que la détente s’installa parmi nous à l’approche de l’atterrissage au tarmac de la piste. Tous les passagers sans exception applaudissent lorsque le train de l’avion embrassa le bitume. Pour nous cet engin était la « Caravelle » ou le « Constellation », ce vol béni nous amène au second point de départ de notre avenir vers notre pays tant espéré !Ce périple m’a donné la chance de vérifier mes capacités et ma résistance face a des cas extrêmes.Nous, la famille Raphael Azran, avons eus la chance et le bonheur de monter dans ce voyage et participer à l’immigration pour Israël. Ce sont les noms dans ce groupe : Mon père, mon maitre, Raphael Azran fils de Isaac & Rachel âgé de 48 ans. Ma mère, mon adorée Sol Azran fille Shlomo et Hannah Haziza âgée de 46 ans, Moi – Soly Azran fils de Raphael & Sol âgé de 17 ans, Bébert mon frère âgé de 15 ans, Helene Ilana ma sœur âgée de 13 ans, Simona ma sœur âgée de 11 ans, Martine ma sœur âgée de 8 ans, Ruth ma sœur âgée de 6 ans et le Benjamin, Benny mon frère âgé de 3 ans. (9 personnes), Rachel, ma sœur ainée est restée encore peu de temps après nous et a immigrée au Canada avec sa petite famille et…… Jacky le cadet, âgé de 19 ans nous attendait déjà en Israël.Dans ce group d’autre grandes familles de Safi ont vécus cette belle aventure et était de ce vol : La famille de Aharon & Messeuda Bensabat et enfants, Florence Benabou, David Benabou, la famille de Rica & Albert Knafo et enfants, La famille Mellul avec Nina Mellul, les deux frères Dayan et leurs familles, Hanna Allalouf, la famille Armand et Yolande Seruya et enfants, la famille Amzalag (parent de Flory Amzalag), la famille Zafrani Benditto et son épouse, la famille Halioua (Dona), la famille Ruimy et enfants, la famille Smaja, la famille de Rachel Dayan et enfants, et encore d’autres dont les noms seront cités dans le future.Nous sommes arrivés en France.La suite des événements : Marseille/ Camps d’Arénas – Traversée en bateau – Arrivée a Eretz Israël, dans les prochains épisodes qui suivront bientôt.
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