Lecture pascale (de "passah", "passer par-dessus", une manière pour la divinité d'épargner au minoritaire la punition infligée au majoritaire qui s'est montré indigne de sa souveraineté).« D’autre part, à travers cette dé-politisation, qui concernerait seulement le concept fondamental et dominant du politique (et en lui du démocratique), on chercherait à penser, interpréter, mettre en œuvre, une autre politique, une autre démocratie. Plus précisément, on chercherait ce qui se cherche aujourd’hui. On chercherait à le dire, à le thématiser, à le formaliser à travers une déconstruction en cours – le cours du monde – sous ces vieux noms. […] Il s’agirait aussi d’une déconstruction du schème généalogique, d’une déconstruction paradoxale, d’une déconstruction à la fois généalogique et a-généalogique du généalogique. Elle concernerait, par privilège, d’où son attribut, le généalogique. Partout où il commande au nom d’une naissance, d’une naturalité nationale qui n’a jamais été ce qu’on la dit avoir été. Elle concernerait la confiance, le crédit, la croyance, la doxa ou l’eudoxia, l’opinion ou la bonne opinion, l’approbation accordée à la filiation, à la naissance et à l’origine, à la génération, à la familiarité de la famille, à la proximité du prochai, à ce que des axiomes inscrivent trop vite sous ces mots. Non pas pour leur faire la guerre et y voir le mal, mais pour penser et vivre une politique, une amitié, une justice qui commencent par rompre avec leur naturalité ou leur homogénéité, avec leur lieu d’origine allégué. Qui commencent donc là où le commencement (se) divise et diffère. Qui commencent par marquer une hétérogénéité "originaire" qui est déjà venue et qui peut seule venir, à l’avenir, les ouvrir. Fût-ce à elles-mêmes. » (Derrida, Politiques de l'amitié)