# **Conversion forcée des juifs à l’Islam : une histoire méconnue**Avec l’avènement de la dynastie Almohade au 12e siècle, prônant un islamisme rigoriste, et la chute de Fès en 1147, les juifs ont à choisir entre la conversion à l’Islam et le passage par l’épée. Considérant l’Islam comme un monothéisme pur dénué d’idolâtrie, ils se convertissent en masse pour rester en vie. Mais comme le feront plus tard les juifs d’Espagne, ils continuent à pratiquer le judaïsme et les mitzvot à l’intérieur de leurs maisons, le plus souvent dans un caveau creusé dans leur habitation (d’où l’appellation de cryptojuifs) et deviennent les premiers marranes de l’histoire.Non convaincus, avec raison, de la sincérité de la "foi" de ces néo-musulmans, les puissants Almohades exigent des convertis des signes distinctifs comme le vêtement long sombre, un couvre-chef haut et laid qui recouvre les oreilles (interdiction de porter le turban) et l’épaule dénudée (que l’on voit sur certaines photos postées ici). C’est le vêtement traditionnel que conservent les juifs et que leur confère leur condition de Dhimi jusqu’à l’aube du 20e siècle. Parallèlement, toutes les synagogues sont détruites et les convertis ne peuvent pas se marier en dehors de leur communauté (un mal pour un bien, comme on disait chez nous !).## Qu’est-il advenu de ces juifs convertis à l’Islam ?Deux siècles après cette conversion forcée, la dynastie suivante, les Marinides, se montre plus clémente vis-à-vis des juifs qui sont comme eux étrangers à la ville de Fès. Les Marinides autorisent ces convertis à retourner à la religion de leurs ancêtres. Si ce retour est la règle, certains choisissent de rester musulmans ou opteront plus tard pour une conversion individuelle à l’Islam, le plus souvent au gré de catastrophes naturelles ou de famines. En effet, seuls les musulmans peuvent bénéficier de la charité de leurs pairs et la conversion représente parfois le seul moyen de survivre. Ces néo-musulmans n’auront jamais accès aux hautes fonctions religieuses dans l’Islam. Au cours des 7 siècles qui suivent, ils vont être, sinon persécutés, au moins reconnus différents des autres musulmans. C’est le cas des grandes familles fassies issues d’anciens convertis, les Bildyyin. Elles conservent jusqu’au 19e siècle un signe distinctif à l’entrée de leur échoppe et continuent de se marier dans leur communauté de Bildyyin.Pour en savoir plus, je vous recommande de lire l'article de Paul Fenton (publié en anglais).