Extrait du livre :L'arrivée des réfugiés espagnols de 1492 marque un tournant dans l'histoire des Juifs d'Afrique du Nord. Leur installation s'effectue parfois avec difficulté. Par exemple, au Maroc le sultan Mohammed al-Shayk al-Wattasi accueille les Juifs espagnols et portugais mais la population les accepte difficilement. Les réfugiés qui ont désiré atteindre le grand centre qu'est Fez, ont subi sur la route les assauts de pillards. Ils n'ont pu pénétrer dans la cité et ont dû résider très longtemps dans la campagne environnante. Plus de 20 000 de ces réfugiés auraient péri de faim et d'épidémies. Nombreux sont ceux qui désespérés, retournent en Espagne et se convertissent au christianisme.Les Juifs autochtones appelés Toshavim s'opposent aux expulsés, les Megora- shim qui rapidement dominent les communautés où ils s'installent : Meknès, Debdou, Fès, Tanger, Tétouan, Salé, Arzilla, Larrache, Rabat et Safi. Le nord du Maroc adopteles coutumes des réfugiés édictées par leurs rabbins qui prennent le nom de «taqqanot LE JUDAISME SEFARADE 1 5 1des exilés de Castille». Ces coutumes concernent principalement les pratiques matrimoniales et successorales. A Tanger et à Tétouan, les autochtones s'assimilent aux réfugiés espagnols. Comme eux, ils considèrent avec condescendance les Juifs de l'intérieur des terres qu'ils surnomment los forasteros (les étrangers).La langue utilisée est la Hakitia (du Castillan auquel s'ajoute de l'hébreu et de l’arabe.Sur le plan de la vie intellectuelle, des dynasties de rabbins jouent un grand rôle dans la littérature hébraïque essentiellement à Fez. Cependant cette vie culturelle se manifeste plus sous la forme d'un enseignement oral et de copies manuscrites que de livres imprimés. La venue des Juifs de la Péninsule Ibérique permet aux Juifs du Maroc de renouveler leurs connaissances et de pratiquer quotidiennement l'hébreu.